Le Yen Yen
C'est pas zen
Pas d’aventure idyllique aujourd’hui.
A l’unisson des échos du monde, alors que pas un continent n’échappe aux déchaînements de violences belliqueuses, je vais vous narrer l’histoire d’un combat.
Dans un épisode conté dans un article précédent (D’Arousa à Nazare) j’avais déjà dû reconnaitre que pacifique par nature je n’en étais pas pour autant pacifiste. Chacun pourra juger à la lecture de ce qui suit que je ne suis pas plus irénique.
Comme il n’y aura pas de photos des victimes, inutile d’éloigner les enfants de l’écran, et comme on enseigne à l’école l’histoire par des batailles, il peut être pédagogique de leur raconter celle qui suit.
Évidemment, le vainqueur est toujours tenté de réécrire l’histoire, soit en se glorifiant soit en masquant ses propres atrocités derrières des propos lénifiants.
Dans un souci d’objectivité historique je ne serai pas mon propre hagiographe, disons juste que je me donne le beau rôle, en tout cas celui du juste : celui d’agressé qui terrasse les démons !
Venons en aux faits.
Alors que je dormais du sommeil du juste, voilà bien une preuve de mon innocence dans cette terrible histoire, je fus réveillé par d’intenses et nombreuses démangeaisons.
L’hypothèse d’une attaque de moustiques semblait la plus plausible mais les systèmes passifs de défense étaient bien en place :
la tournée des moustiquaires obturant les écoutilles ne révéla aucun défaut.
Nul vrombissement caractéristique des anophèles non plus.
Pas plus d’assaillant surpris par la lumière allumée en catastrophe. Hum !!! Pourtant la nuit restera perturbée par d’autres piqures et, en tendant l’oreille, par de très ténus bourdonnements.
Au matin, vésiqué comme un poilu de la guerre de 14 victime du gaz moutarde, je retourne toute la literie. Impossible de trouver trace des assaillants.
De deux choses l’une, ou les moustiques locaux sont les rois du camouflage, ou cette attaque terroriste est menée par des belligérants inconnus et retors.
En tout cas, leur mode de déplacement n’est pas la reptation. J’en aurais piégé. Quelques recherches sur la « toile » me donnent vite un coupable putatif.
Un faisceau convergent d’éléments pointe vers le « Yen-Yen », nom local d’un culicoïde, minuscule moucheron de 2 à 3 millimètres.
Suffisamment petit et anodin pour avoir échappé à ma vigilance mais encore plus agressif et douloureux que le moustique.
Les entomologistes nous signalent qu’ils procèdent par morsures douloureuses, qu’il est difficile de s’en débarrasser, qu’ils agissent en escadrilles formées de pléthore d’individus, et que comme les moustiques, ce sont les femelles qui ont besoin de sang pour leur gestation.
Outre l’aspect douloureux et le risque sanitaire, l’objet de l’agression est proprement scandaleux : faire éclore encore plus d’agresseurs potentiels !
C’est un casus belli ! Taïaut ! Sonnons l’hallali !
Quoi qu’en disent certains, le droit de la guerre est un leurre et la plus totale des hypocrisies.
Ce sera un carnage sans pitié et toutes les armes seront convoquées.
Au vu du nombre, des milliers, de la discrétion et de leur capacité à passer entre les mailles des moustiquaires, les tentatives d’actions mécaniques et écologiques (autrement dit la tapette ) se montrent inadaptées.
Seule une attaque aux gaz toxiques semble indiquée.
Le produit délétère promptement approvisionné, on pouvait procéder à l’épandage intérieur et extérieur.
Il faudra tout de même plusieurs jours, une bombe complète et encore quelques douloureuses vésicules avant que la peur ne change de camp et que les vagues successives d’assaillants ne se brisent sur les nuées empoisonnées habilement projetées à leur encontre.
Le champ de bataille était jonché de cadavres.
Au sol comme dans les airs, plus un mouvement. Force était restée à la loi (du plus fort).
La gloire n’effacera toutefois pas le léger sentiment de honte d’avoir employé une arme de destruction massive et notoirement toxique mais après tout, j’étais la victime !
Ainsi s’achève l’épique combat par l’élimination du protagoniste agresseur. Justice est faite… et je vais pouvoir dormir tranquille.
Moralité, amorale, de l’histoire, le « droit légitime à se défendre » peut servir à justifier toutes les atrocités !